Point Banque – Du retrait sans carte à l’automate avec émission instantanée de carte

Point Banque – Du retrait sans carte à l’automate avec émission instantanée de carte

Consolidations et avancées technologiques continuent de transformer le monde des automates bancaires. Le concept naissant de CloudATM cherche ses marques alors que le retrait sans carte et l’automate évolué avec émission instantanée de carte promettent de redynamiser des agences bancaires en mal de fréquentation.

S’il fut question un moment de mettre fin au cash dans certains pays avancés en matière de paiement mobile comme la Suède ou le Danemark, « le sujet n’est plus à l’ordre du jour » assure Véronique Delsalle, consultante Atima. La Suède fait machine arrière après avoir livré une guerre sans merci contre le cash ces dernières années, souvent orchestrée par les banques elles-mêmes. Pas étonnant quand on sait que la gestion du cash, y compris l’exploitation des automates, est ce qui leur coûte le plus cher. La monnaie en circulation en Suède a baissé de plus de 25% ces cinq dernières années. Le nombre de DAB a connu une baisse comparable, perturbant l’économie des petits villages comme celle du tourisme. Un front du refus a fini par se lever, obligeant la Suède à rebrousser chemin. « L’avenir de la filière cash et de la distribution des espèces par des automates de retrait reste menacé par la baisse de l’interchange » poursuit Véronique Delsalle. Pourtant, au sein du Comex de certaines grandes banques françaises, on continue de s’interroger sur l’impact de nouvelles restrictions qui risquent de freiner l’usage du cash en France. L’ATMIA – l’association internationale des acteurs du monde des automates – estime à ce sujet que les restrictions imposées dans différents pays se sont révélées dommageables pour leurs économies et inefficaces pour lutter contre l’évasion fiscale, le blanchiment d’argent et la lutte contre le terrorisme. En pourcentage du PIB, l’économie souterraine reste stable dans les différents pays européens. Selon les estimations de Cash Essentials, elle serait de 12,3% pour la France, contre une moyenne de 18,3% pour l’Europe. La Grèce et l’Italie seraient en tête avec respectivement 22,4% et 20,6%. Le Royaume-Uni serait quant à lui à 9,4%. La place du cash acquise, « pour la plupart des banques, l’heure est à l’externalisation, l’optimisation des coûts, la meilleure gestion du transport de fonds, la fiabilisation des infrastructures, autant de sources d’économies qui devraient aider à financer le déploiement de services à valeur ajoutée, bancaires et non-bancaires » poursuit Véronique Delsalle. En quête d’une meilleure maîtrise des coûts, la Banque Populaire Bourgogne Franche Comté a déployé récemment son 150ème automate de dépôts d’espèces. Solution globale d’automatisation du dépôt en mode déclaratif proposée par la Brinks, CompuSelf Deposit permet un parcours client ergonomique, rapide et sécurisé. En mode libre-service, jusqu’à 300 billets peuvent être déposés en seulement 25 secondes. Le client est identifié à l’aide de sa carte bancaire, de son RIB ou d’un QR Code digitalisé ou sur carte privative. Ainsi, la banque ne manipule plus d’espèces, d’où un gain de temps et de sécurité. Le taux de disponibilité de l’équipement -fabriqué par MoneyLine Banking Systems- est de 99, 64%. « Nous avons commencé les pilotes en 2013 avec 5 sites. A fin 2016, nous en étions à 150 installations, avec l’objectif de déployer la solution sur l’intégralité des agences de la BP BFC d’ici fin 2017. Nous avons délibérément choisi de déployer rapidement afin de faciliter la conduite du changement auprès de nos clients ainsi que de nos collaborateurs en agence » explique Arnaud Garneret, responsable pôle espèces Banque Populaire Bourgogne Franche Comté (BP BFC).

Une forte demande pour de nouveaux services

Si les Français recourent un peu plus aux solutions sans contact pour régler leurs achats de petits montants, ils restent fondamentalement attachés au cash ainsi que le montre la toute récente enquête « Les Français et les automates bancaires » réalisée par OpinionWay pour le compte de l’italien Auriga, éditeur spécialisé dans les services pour automates bancaires. En effet, sur les cinq dernières années, seulement 29 % des Français ont moins utilisé le Distributeur Automatique de Billets (DAB) pour effectuer des retraits. « Cette baisse de fréquentation se justifie essentiellement par une préférence pour d’autres moyens de paiement que les espèces » explique Thierry Crespel, responsable commercial d’Auriga au niveau de la France. L’usage du DAB reste donc inscrit dans les réflexes des Français, au moins pour le retrait de cash, le dépôt de chèques et la consultation de compte, les trois opérations les plus fréquentes selon l’enquête. A y regarder de plus près, pour 87% des sondés, il apparait que le choix du distributeur se fait de plus en plus en fonction des services qu’il propose, 52% en fonction des services autres que le retrait de billets. Un quart des sondés aimerait accéder à davantage de services, une demande dont la banque serait également bénéficiaire puisque, lorsque des services additionnels sont proposés, l’intérêt des répondants augmente : 95% des Français sont intéressés par au moins un service alors que 14% seraient même prêts à payer un coût supplémentaire pour cela (moins de 2€ en moyenne par service). L’enquête montre en outre que 94% des Français souhaitent pouvoir réaliser des opérations de dépôt ou retrait de billets ou de pièces en euros ou en devises étrangères. Comme c’est déjà le cas en Espagne depuis de nombreuses années, ils sont 61% à être intéressés par des services non-bancaires, réservation de billets de spectacles (43%), paiement de factures (42%)… Un petit pourcentage souhaite effectuer des retraits grâce à un mot de passe à usage unique reçu par SMS ou par email. Toujours selon l’enquête, un intérêt non négligeable se manifeste en faveur de l’externalisation du retrait vers les commerçants et les grandes surfaces (35%). Quant aux Français mécontents des services proposés sur les distributeurs automatiques, ils manifestent un intérêt certain pour le retrait sans carte et l’achat de monnaie virtuelle. La génération des 25-34 ans se montre quant à elle friande de nouveautés, avec un besoin criant d’améliorer l’expérience client, davantage ressentie comme « pas sûre », « à l’ancienne », « ennuyeuse ». Il faut dire que le retrait sans carte est déployé à large échelle dans d’autres pays. « C’est le cas dans certains pays d’Afrique et d’Asie » remarque Véronique Delsalle. « Ce type de retrait nécessite l’installation de couches logicielles équipées de modules de sécurité à base de SMS, de QR Code ou de NFC » explique Thierry Crespel. Aux Etats-Unis, la banque Wells Fargo est la première grande banque à mettre à niveau son parc de 13 000 distributeurs Diebold afin de proposer le retrait sans carte grâce à un mot de passe à usage unique. Dans le courant de l’année, tous les smartphones équipés du chip NFC pourront accéder à la fonction « Tap&Pay » qui sera implémentée sur 5000 automates de la banque américaine. En France, le retrait sans carte reste encore confidentiel. Intégré à la stratégie d’innovation des banques, il est proposé depuis quelques mois par le Crédit Mutuel et la Caisse d’Epargne. Cette dernière a dû ajouter des couches logicielles afin de faire face aux pirates attirés par sa solution basée sur l’envoi d’un code par SMS. « Plusieurs pilotes de retrait sans carte sont en cours de discussion en France » affirme pour sa part Michel Moulène, directeur de la ligne produit Automates pour la France et le Benelux chez Diebold Nixdorf, l’entité née de la fusion de Diebold et de Wincor Nixdorf l’été dernier. Les premiers déploiements devraient intervenir d’ici la fin de l’année. Ils pourraient être implémentés sur le modèle CS 2020 que vient de lancer Diebold Nixdorf et qui est déjà en pilote en Europe. Réputé plus fiable et plus sûr que le DAB traditionnel, il s’agit d’un automate sans lecteur de carte et sans imprimante, mais possédant à la place un lecteur NFC. « Les services de retrait sans carte répondent particulièrement à la demande de la clientèle jeune » précise David Raffier, directeur de succursale France, Belgique, Suisse chez Nautilus Hyosung, filiale coréenne de Hyosung spécialisée aux automates. Grace à la technologie fournie par son partenaire, le français Moneyline Banking Systems propose également une borne sans contact destinée aux retraits sans carte. « Il y a un fort intérêt pour une telle solution, moins chère qu’un DAB traditionnel. Le remplacera- t-elle à terme? Le marché dira » précise Pascal Hermandesse, président de Moneyline Banking Systems.

L’automate multifonction évolué

En marge du retrait sans carte, une nouvelle demande se dessine pour des automates multiservice censés accompagner la transformation digitale de l’agence bancaire en offrant des services à forte valeur ajoutée comme l’émission instantanée de cartes bancaires. Diebold a installé l’an dernier à la banque Al Rajhi un automate capable d’effectuer une ouverture de compte à partir d’une carte d’identité ou d’un passeport, de donner des conseils pour une souscription de prêt grâce à une visioconférence ou encore d’émettre sur le champ une carte bancaire et un chéquier. « De tels automates évolués ont le potentiel de réanimer l’agence » affirment de concert Michel Moulène et Pascal Hermandesse. Ils trouvent leur place au coeur de l’agence et loin de l’espace libre-service. En Corée, en plus de délivrer du cash ou d’en déposer, ils permettent d’ouvrir un compte et d’obtenir une carte bancaire sur le champ, de souscrire à une assurance-vie ou encore à différents livrets d’épargne. « De tels automates, véritables ’’mini-banques’’, sont installés dans des agences, mais aussi dans des centres commerciaux » précise David Raffier. Leur design est souvent le fruit d’une démarche sur mesure autour de technologies avancées comme celle du clavier cryptant sur écran tactile qui permet de sécuriser la saisie du code PIN en accord avec les normes PCI. Plusieurs banques américaines et italiennes ont commencé à déployer de telles solutions dans leurs agences. Conscient d’un potentiel commercial non utilisé, le Crédit Agricole évalue avec Moneyline Banking System ce type d’automate évolué en tant que point d’accueil afin d’aiguiller le client selon qu’il a ou non rendez-vous avec un conseiller. Equipé d’un écran tactile 23 pouces, cet automate à géométrie variable peut être configuré pour assurer des fonctions évoluées comme l’ouverture de compte ou l’émission instantanée d’une carte. Il est équipé du logiciel Auriga. L’intégration du canal automate dans la stratégie digitale des banques fait ainsi ses premiers pas alors que les banques françaises continuent d’optimiser ce canal en déployant des matériels équipés du recyclage d’espèces. Elles s’intéressent aussi depuis peu à de nouveaux services comme le change dynamique (DCC), chasse gardée d’acteurs comme Travelex ou Euronet qui ont investi la plupart des aéroports français. Cette multiplication des services milite en faveur d’une nouvelle architecture, le CloudATM. « L’idée est de dissocier la gestion technique de l’automate des applications, comme c’est déjà le cas sur les mobiles » explique Véronique Delsalle. Grâce à une interface applicative avec le système d’exploitation, les applications peuvent être développées séparément par des spécialistes métiers puis hébergées dans le cloud avant d’être proposées aux utilisateurs en fonction des besoins. L’automate deviendrait du coup une sorte de client léger sans disque de stockage, mais doté d’une connexion avec le cloud. Cette architecture permettrait baisser le coût d’appropriation de l’automate de 8 à 10% selon les calculs de l’ATMIA. La question en suspens concerne aussi le système d’exploitation. Windows 10 remplacera-t-il l’actuel Windows 7 ou laissera-t-il sa place à un OS de type Android, plus approprié aux yeux de certains experts? Notons que Diebold Nixdorf a d’ores et déjà annoncé qu’il arrêterait le support de Windows 7 en faveur de Windows 10 en 2020, date à laquelle Microsoft arrêtera lui-même le support de Windows 7.

JO COHEN

 

 

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